Connaissez vous l’histoire du petit maçon de chez nous ? Non !!
Ah ah ah !! Elle est édifiante !
Elle démontre bien des choses et illustre la sagesse du peuple !!
C’est l’histoire d’un brave petit ouvrier, bien obstiné, terriblement volontaire, furieusement imbu de ses talents mais qui sera vite mis au pied de son
mur !!
Il était intelligent, persévérant à souhaits. Il avait toutes ces qualités dont rêvent les patrons mais qui pourtant aucun ne lui avait jamais véritablement
accordé de grandes responsabilités.
Ses différents patrons avaient tous et depuis longtemps reconnu que c’était un bon gars, énergique, fort à la tâche, endurant, plein de dynamisme ce qui en faisait
un
modèle au sein des entreprises
dans lesquelles il avait œuvré. Il ne rechignait pas à la besogne, jamais. Mais trop jeune encore, ils n’avaient osé lui confier de grandes implications.
Tant et si bien que chaque jour, chaque année qui coulaient, notre homme apprenait son métier, au travers des chantiers pour lesquels il travaillait, parmi ses
collègues plus anciens et donc plus expérimentés que lui.
Chaque expérience, chaque chose apprise dans sa profession, chaque problème résolu le renforçaient, l’élevaient parmi ses paires et attisaient en lui son ardeur à
l’ouvrage. Insensiblement, entre peines et soulagements il acquérait plus en plus confiance en lui.
Sagement, Il observait, étudiait les gestes, assimilait les techniques et s’arrogeait le droit de penser de lui “je suis bon en fait !!“, ou tout du
moins jugeait-il avoir compris certaines règles de l’art de la maçonnerie et du bâtiment…
La suite lui prouva que non !
Il acheta à prix raisonnable un petit lopin de terre et décida d’y construire à son tour sa demeure. Il voyait bien, il voyait grand !
Il en avait cogité les plans en silence de ses amis, estimé au mieux les fonctionnalités des pièces à vivre, jaugé l’orientation la plus agréable pour vivre selon
ses goûts.
Ah bien sûr savait-il qu’il lui faudrait des aides et avait depuis longtemps inscrits sur un calepin tous ces besoins dont il ne pourrait de passer !
Fort de son capital de sympathie au sein de la communauté villageoise, il avait su attirer l’enthousiasme de ses potes et amies et chacun lui avait promis de lui
apporter son aide en quelques domaines que ce soit au moment venu !
L’heure avait sonné !
Il reçu le droit légal de s’adonner à sa passion et entama très vite les travaux.
Tout autre homme aurait daigné recourir aux conseils de plus avertis que lui, aux avis des retraités du village… Le menuisier aurait su lui apporter ses secrets, le
couvreur ses procédés de sécurité, le vitrier éclairer ses lanternes et le plombier ses tuyaux et combines !! “Non fi de cela, je travaillerai seul !“ avait-il
déclaré.
Devant ces refus, l’orgueil campagnard des artisans ayant été touché, chacun allait l’observer du coin de l’œil sans pour autant parjurer ses promesses…
enfin… !
Seul son plus ancien patron, homme de grand respect, référence en notre canton, avait su lui tenir tête et le remettre à sa place. Ca n’a pas plus au maçon .
Jugeant l’ancien trop passéiste, il est passé outre et décidé de bâtir selon ses idées et ses acquis.
Cependant, ne possédant pas de camion suffisamment solide, il avait demandé à ce que ses amis lui livrent les pierres nécessaires à son projet… à son bel
édifice.
Ainsi défilèrent ses copains.
Le premier à arriver fut son ami restaurateur, venu avec une délicate attention : boire une bouteille de bon vin à la réussite de ses rêves et partager
virilement son enthousiasme débordant. La dive bouteille étant d’une fratrie abondante, la journée arrosée ne fut pas très constructive, ce qui agaçât prodigieusement la femme du maçon, voyant
d’un mauvais œil le début de l’affaire.
Ivre de ces moments festifs, notre ami ne parut pas le lendemain sur le terrain et préféra aller se reposer… Dehors le soleil continuait à resplendir, 10, 100 voire
1000 oiseaux entonnaient un air tapageur de concorde…
Le second à venir fut son ami Maltais. Un patron véreux qui devait à notre homme un service de taille. Homme mystérieux et enrôleur auquel peu de personnes au
village ne faisaient confiance. Le maçon, lui, avait osé lui faire confiance et se lancer dans une magouille. Il avait en effet facilité un contrat pour lui, une sorte d’arrangement, qui rendait
le voyou son obligé qui avait promis la livraison de plusieurs milliers de pierres grâce à ses camions puissants.
A peine arrivé sur les lieux, l’ami déclara que ses transporteurs allaient venir très vite… la journée passa… L’ami repartit, réitérant sa promesse, déclarant
même aller activer les choses… Nul camion ne vint !
Bien humilié par ce fait notre maçon décida d’entamer seul les travaux en allant chercher lui-même ses moellons…
Sa femme, face à cet état de chose, provoqua une dispute mémorable et décida de le quitter, de le laisser seul, oui seul puisque selon lui il était le meilleur, le
plus fort et le plus malin…
Il arriva au village certain que ses amis lui viendraient bien sûr en aide.
Il se rendit chez son pote breton. Brutal et emporté celui-ci lui dit par des mots peu enrobés qu’il devait aller se faire voir et de combiner par d’autres, que
lui-même avait des gros soucis dont il était certain qu’il se moquait et que son projet ne devait compter que sur lui-même !
Coup de semonce.
Désappointé il alla se reposer sur la place du village. Un manège jouait de la musique. De douces filles évoluaient gracieusement. Cette vue réveilla son émoi de
l’homme, attisa sa verve. Il ouvrit généreusement sa chemise, mit en évidence sa pilosité pectorale ce qui ne manqua pas de séduire une jolie donzelle. Son cœur rebattait… Il était Bonaparte
conquérant, fou d’espoir aussi solide que les belles Pyramides… Tout allait mieux !… Allons courage.
Il alla d’une allure martiale et décidée chez le bijoutier de la place. Demanda une avance sur gage d’une Rolex qu’on lui avait offerte et signa fièrement le papier
de dette (au passage il trouva fort beau le stylo du bourgeois. Il le chaparda !).
Puis se rendit chez l’instituteur pour qu’il lui fasse les calculs nécessaires à la mesure de ses besoins. Ce dernier lui fit, respectueux de ses devoirs mais
remarqua la distance que prenait notre ami maçon n’écoutant que peu ses explications, préférant lire les messages de sa dulcinée !! Le maître lui en fit la remarque. Le ton monta vite.
L’éducateur mais aussi homme de lettres, lui rappela ses obligations. Il lui commenta les critiques à son égard dans la communauté ce qui mit notre homme en colère. Il s’emporta, perdit pied
manqua de respect.
Plus serein, le vieil homme usa que sa force intellectuelle et lui suggéra de reconsidérer ses convictions… reconnaitre ses faiblesses, ne pas penser tout savoir…
être humble. L’homme calmé repartit dubitatif de l’entretien.
Le bel édifice devait voir le jour… bien des années plus tard !!
Grâce à tous, leur bonne volonté et surtout à lui, qui depuis a appris à respecter les règles communes !!
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